Marine, la scientifique créative qui se reconvertit dans le graphisme



Encore une histoire de grand écart professionnel. Combien d’entre nous ont étudié dans une branche puis se sont retrouvées dans des postes qui n’ont plus grand rapport avec leurs études et ont déchanté, car elles n’y trouvaient ni passion ou sens ? Plus je rencontre du monde grâce au blog et puis je m’aperçois que ces histoires ne sont pas si rares que cela. Et le parcours de ma nouvelle invitée reflète parfaitement ce constat: une scientifique créative qui a étudié la biologie, a travaillé ensuite dans le marketing et qui se reconvertit dans le graphisme!

Marine Debard est la talentueuse graphiste à laquelle j’ai confié la couverture du livre, mais détail intéressant : c’est une scientifique à la base ! Sa reconversion dans ce nouveau métier ne s’est pas faite du jour au lendemain. A la sortie de ses études, elle comprend qu’elle veut s’orienter dans l’industrie. D’emblée, Marine fait preuve d’implication et de sérieux dans ses fonctions (caractéristique que j’apprécie fortement chez elle, ce n’est pas pour rien que je collabore avec elle 😉) Pourtant, malgré sa bonne volonté et les beaux postes qu’elle occupe, elle se rend vite compte qu’elle n’est pas « câblée » comme tous ses collègues qui l’entourent : « ces gens-là ont l’air passionnés par ce qu’ils font… mais pas moi ! »

Marine se sent désalignée avec elle-même et courageusement, elle prend une décision radicale : quitter ce monde dans lequel elle ne se reconnaît plus alors qu’elle ne sait même pas quel chemin emprunter pour la suite !

La véritable aventure commence dès cet instant : elle entame un accompagnement de reconversion et son esprit créatif ose enfin croiser la voie du graphisme.

Si aujourd’hui, je mets en lumière Marine, c’est plus pour son parcours et son expérience que pour faire sa promo (quoique 😉).

À travers nos bavardages, nous avons balayé différents thèmes qui peuvent inspirer des futures candidates à une reconversion :

  • Pourquoi se faire accompagner dans une reconversion est très important

  • Comment Marine gère financièrement sa reconversion

  • Pourquoi elle a choisi de se former en ligne à son nouveau métier

  • Comment se sentir légitime quand on se reconvertit et comment faire pour se construire un portfolio quand on n’est pas du milieu

  • Quels sont les trucs à appliquer pour nourrir sa créativité lorsqu’on exerce un métier créatif

  • Et pour finir, une reconversion ne rime pas forcément avec entrepreneuriat


Mesdames, accueillez bien chaleureusement Miss Marine Debard


De scientifique à graphiste: un parcours jalonné en plusieurs étapes


Nilay: Marine, à la base tu n’es pas une graphiste, mais une scientifique qui s’est retrouvée dans des postes de… marketing, tu nous expliques ce parcours atypique ?


C’est toujours un peu long à expliquer, mais plus logique qu’il n’y paraît… 😉

J’ai toujours été intéressée par la biologie, je crois que j’étais fascinée par la vie et voulais la comprendre, alors je me suis lancée dans une Licence de Biologie. À l’époque, je savais déjà que je voulais travailler dans l’industrie, car la recherche en laboratoire ne m’attirait pas. Durant la Licence, j’ai donc couplé mon parcours à une formation professionnalisante orientée vers les biotechnologies (biologie appliquée à l’industrie), puis j’ai intégré un Master en Marketing de la santé.

L’idée avec ce genre de double compétence est d’occuper un poste en marketing (chef de produit, chef de projet…) dans l’univers spécifique de la santé (industrie pharmaceutique, cosmétique, vétérinaire, agroalimentaire…)



Nilay: Et comment as-tu eu cette idée de te reconvertir en graphiste ? Y a-t-il eu un évènement déclencheur à cette reconversion ?


Après 3 années d’expériences professionnelles variées, dans des PME ou de grandes entreprises, j’ai réalisé que je n’avais jamais ressenti vraiment de passion pour ce que je faisais. Plus le temps passait, plus je me disais « ces gens-là ont l’air passionnés par ce qu’ils font… mais pas moi ! » J’ai mis un peu de temps à m’en rendre compte, car, pour autant, j’ai toujours été très impliquée dans mes différents postes, je voulais toujours bien faire et prouver que j’étais bonne dans ce que je faisais. Finalement, c’est lorsque j’ai été en poste dans une entreprise qui, à tout point de vue (éthique, managérial et organisationnel), ne me convenait pas du tout que j’ai cherché à quitter mon poste en CDD.

J’ai passé des entretiens dans une multinationale que je rêvais de rejoindre depuis quelque temps, et on m’a offert un poste dont j’aurais pu être fière, en CDI et très bien payé. Déjà un peu fragilisée par l’expérience que je venais de vivre et mal dans ma tête, je suis rentrée le soir après ma première journée là-bas et j’ai dit à mon compagnon « je crois que je ne vais pas y arriver ». On a passé une bonne partie de la soirée à discuter et la conclusion (pas évidente à verbaliser) était que j’en avais ras le bol de ce métier et qu’il me paraissait vide de sens. J’avais passé la journée à croiser des gens dont je me sentais très éloignée, qui semblaient vivre dans un microcosme hyper corporate où parler avec des anagrammes anglais incompréhensibles était réjouissant. Je me sentais déconnectée de ce milieu alors que j’avais rêvé de le rejoindre.

J’y suis retournée le lendemain, et j’ai démissionné. Quel soulagement ! À l’époque, je savais que je ne voulais plus travailler dans ce domaine, mais je ne savais pas encore ce que je voulais faire de ma vie.


Après 3 années d’expériences professionnelles variées, dans des PME ou de grandes entreprises, j’ai réalisé que je n’avais jamais ressenti vraiment de passion pour ce que je faisais. Plus le temps passait, plus je me disais « ces gens-là ont l’air passionnés par ce qu’ils font… mais pas moi ! »

Nilay: Oh Waouh ! C’est courageux ! Et comment cette envie de graphisme est-elle apparue alors ? Tu t’es fait accompagner ?

À la suite de ma démission, j’ai passé quelques mois à prendre soin de moi et à beaucoup réfléchir… Ayant démissionné et n’ayant pas droit au chômage, mes économies ont commencé à fondre sévèrement donc j’ai pris un petit boulot de vendeuse dans une enseigne de prêt-à-porter pendant 4 mois. À la suite de cela, je me suis remise gaiement à chercher du travail en m’orientant davantage dans la communication, et en ciblant des structures à taille humaine, dont les valeurs me parlaient davantage. Malheureusement, il y avait peu d’offres et je n’avais aucun entretien. Un an s’était écoulé depuis ma démission, c’est là que je me suis dit que j’avais besoin de revoir mon projet et d’être accompagnée pour faire le point clairement et sereinement. Grâce à cet accompagnement, j’ai compris pas mal de choses sur moi, mes choix professionnels passés et psychologiquement cela m’a aidée.

C’est à la suite de nombreuses semaines de travail et d’idées en tout genre que je suis revenue à l’essentiel et j’ai réalisé que ce que j’ai toujours adoré faire, ce sont des présentations PowerPoint ! 🙂Que ce soit pendant mes études pour présenter un travail ou durant mon parcours professionnel pour créer une présentation commerciale. Je me souviens d’ailleurs que lorsque j’avais l’occasion de travailler avec des graphistes/infographistes pour faire des packagings de produits par exemple, j’adorais m’asseoir à côté d’eux pour leur expliquer ce que j’attendais et les regarder bosser… 😁

A partir de là, je me suis dit qu’il fallait que j’apprenne à maîtriser les logiciels de la suite Adobe (Illustrator, Photoshop, Indesign) pour prétendre à ajouter des compétences significatives à mon CV. Ce n’est qu’au fur et à mesure que la notion de « graphisme » au sens large est apparue.


Les proches et l'argent dans tout ça?


Nilay: Et tes proches ? N’ont-ils pas essayé de te décourager par rapport à cette reconversion inattendue ?


J’ai beaucoup de chance, mes proches ont été extrêmement compréhensifs, et j’ai vraiment eu leur soutien. Mes parents n’ont pas cherché à tout comprendre et m’ont fait confiance, en me laissant cheminer. Celui à qui j’ai dû beaucoup plus parler et expliquer ce que je vivais, c’était mon compagnon (mari aujourd’hui ). Mais aujourd’hui, il est d’un grand soutien et c’est le premier fan de mes travaux créatifs !


Nilay: Une question que me posent souvent les lectrices est le rapport à l’argent quand on décide de se reconvertir, a-t-il été un frein pour toi ? Je sais bien que ton compagnon a un travail « stable », penses-tu que sans cela, tu aurais eu l’audace de te lancer ?


Je dois avouer que l’argent n’a jamais été une source particulière d’inquiétude pour moi. Je suis du genre à me dire qu’il y a toujours des solutions. Mais objectivement, ce qui m’a largement permis d’être sereine lorsque j’ai démissionné c’est de savoir que j’avais pas mal d’argent de côté pour subvenir à mes besoins. Si je venais à manquer d’argent, je savais aussi qu’il y aurait de fortes chances pour que je trouve un petit boulot « alimentaire ». Quand on a fait des études, qu’on veut travailler et qu’on habite une grande ville, on trouve généralement toute sorte de petits boulots temporaires. Cela m’a d’ailleurs permis de rouvrir mes droits au chômage et de prendre le temps d’entamer ma démarche de reconversion.

Je peux aussi compter sur mon mari c’est vrai, il s’est naturellement mis à assumer quelques dépenses à lui tout seul même si je tiens à assumer au maximum par moi-même. Pour que l’on continue à se faire plaisir et à faire des sorties, il est là.

J’ai aussi la grande chance d’avoir des parents aidants en cas de problème, et c’est très précieux. Je sais que si j’ai des moments plus difficiles financièrement, ils peuvent me soutenir et c’est très rassurant.

Sans ces conditions, je ne sais pas si je me serais lancée de la même façon. Mais il est vrai que je suis du genre à agir et réfléchir ensuite, composer avec la situation.


Si je venais à manquer d’argent, je savais aussi qu’il y aurait de fortes chances pour que je trouve un petit boulot «alimentaire ». Quand on a fait des études, qu’on veut travailler et qu’on habite une grande ville, on trouve généralement toute sorte de petits boulots temporaires. Cela m’a d’ailleurs permis de rouvrir mes droits au chômage et de prendre le temps d’entamer ma démarche de reconversion.

Sa formation de graphisme et comment elle construit son portfolio


Nilay: Tu te formes en tant que graphiste et tu as choisi une formation en ligne, pourquoi ce choix ?

Lorsque j’ai souhaité me lancer dans une formation en graphisme, on était en plein mois de mars. Je n’avais aucune envie d’attendre le mois de septembre pour entrer dans une école, et les seules formations que me proposait le Pôle Emploi dans l’immédiat étaient des formations de 3 semaines (donc difficile de prétendre à un nouveau métier avec ça…). Du coup, j’ai regardé activement les formations à distance, car beaucoup peuvent être démarrées n’importe quand dans l’année et j’ai trouvé chaussure à mon pied.


Nilay: Lorsqu’on débute dans un tout nouveau métier dans lequel on n’a aucune expérience, on se sent illégitime et on n’ose pas proposer ses services et surtout dans des métiers tels que le tien où on a besoin de montrer un portfolio. Que fais-tu toi par rapport à cela ?


Venant du marketing, j’avais déjà un sens de l’esthétique et un goût pour la création de supports assez développés. Mais ce qui m’a aidé à me sentir légitime et m’entraîner dans le « réel », c’est l’opportunité de développer mon portfolio en parallèle de la formation avec de vraies missions. Cela a commencé avec toi, Nilay 🙂, et rapidement une amie freelance m’a sollicité pour créer des visuels pour son site web, puis j’ai eu l’occasion (grâce à cette même amie) de faire plusieurs tracts électoraux pour une maire de la région. Ces opportunités se sont présentées à un moment où j’avais une perte de motivation dans la formation, et ces projets m’ont beaucoup nourrie et permis de tester le métier dans la vraie vie.


voici quelques travaux de son portfolio https://www.behance.net/marinedebard

T'as un bug? Appuie sur reset en fait partie🙂


Son style en graphisme et ses conseils pour nourrir la créativité


Nilay: C’est cool, tu étoffes ton portfolio… et justement avec toutes ces expériences, quel type de travail en graphisme te plaît le plus ? Faire des affiches ? Des couvertures de livres ? Voudrais-tu te spécialiser en un domaine particulier ?


C’est un peu tôt encore pour le dire, ça se précisera avec le temps. Mais ce qui est sûr c’est que j’ai un goût particulier pour ce qu’on appelle l’« exe », qui est de l’ordre de l’assemblage, de l’infographie, de la mise en page (comme un tract électoral par exemple). J’aime aussi beaucoup les travaux purement créatifs, c’est-à-dire créer quelque chose en partant de rien [comme un logo par exemple], mais quand le processus créatif est plus court [avec l’exe] on peut produire plus de choses, et ça me satisfait beaucoup de voir rapidement les résultats 😉


Nilay: Tu le dis toi-même : tu es une personne avec un sens de la créativité aigüe et tu accordes beaucoup d’importe à l’esthétisme… quelles sont tes sources d’inspiration lorsque tu crées ?

J’utilise beaucoup Pinterest, on y trouve tous les styles graphiques.

Nilay: Et quels sont les conseils que tu donnerais aux lectrices qui ont un métier créatif pour justement nourrir leur propre créativité ? Tu as des rituels qu’elles pourraient appliquer ?


Par exemple pour un projet graphique : rassembler toutes les informations, faire un brainstorming, une planche d’inspiration, une mind map etc… avant de se lancer dans la création en elle-même. Parfois j’ai une idée tout de suite et ça m’embête de respecter ses étapes, mais je me rends compte qu’elles participent énormément à la qualité du résultat final, pour qu’il soit abouti.


Comment elle voit son avenir: tenter l'entrepreneuriat ou rester salariée?


Nilay: Après ta formation, que comptes-tu faire ? Travailler en tant que graphiste freelance ou employée ?


J’avoue m’être un peu lassée de passer tout mon temps à travailler seule à la maison, même si j’aime la liberté que ça me procure. J’étais un peu écœurée par le salariat, mais je reviens doucement sur ma position. J’ai envie de postuler dans des entreprises et, en fonction des opportunités qui se présentent, pourquoi pas être employée à temps partiel et répondre à des missions de freelance le reste du temps. Cela pourrait être un bon équilibre.


J’avoue m’être un peu lassée de passer tout mon temps à travailler seule à la maison, même si j’aime la liberté que ça me procure. J’étais un peu écœurée par le salariat, mais je reviens doucement sur ma position.

Nilay: Enfin Marine, ma question fétiche : quels conseils donnerais-tu à des femmes qui veulent se reconvertir ?


  • S’entourer de personnes/groupes/pages de réseaux sociaux inspirant(e)s pour nourrir le désir de changement et partager les moments plus difficiles.

  • Ne pas hésiter à se faire accompagner (expert en bilan de compétences, psychologue…)

  • Ne pas se culpabiliser de prendre ce temps pour soi, c’est précieux. J’ai moi-même parfois culpabilisé d’être à la maison à réfléchir à ma vie tandis que tout le monde allait bosser, ou culpabilisé de toucher le chômage sans chercher tout de suite à retravailler. Mais je pense que ces moments de vie sont très utiles, et il faut en profiter. Le plus important est de garder une espèce de cap, il ne s’agit pas de ne rien faire, mais parfois cela prend plus de temps que ce que l’on imaginait et c’est OK. On ne sait pas de quoi la vie est faite, et cela demande aussi du courage de faire ce chemin.


Un tout grand merci à Marine pour ses réponses très honnêtes

et n'hésitez pas jeter un oeil à son portfolio!


Que retenir de notre consoeur Marine?


Ne pas trop se comparer aux autres. Parfois quand je lisais des témoignages de personnes en reconversion, je trouvais que ça avait l’air d’avoir été hyper fluide pour cette personne, qu’elle avait de la chance d’avoir trouvé sa fameuse « mission de vie » (ça met la pression !)… Mais soyons honnêtes, ce n’est pas toujours facile et on ne sait pas toujours ce qui se cache dans les coulisses.
Ayant démissionné et n’ayant pas droit au chômage, mes économies ont commencé à fondre sévèrement donc j’ai pris un petit boulot de vendeuse dans une enseigne de prêt-à-porter pendant 4 mois.
Sans cet accompagnement, je pense en effet que ça aurait été plus difficile, car ce travail de bilan de compétences dure plusieurs mois et reprend tout en profondeur.
Des opportunités se sont présentées à un moment où j’avais une perte de motivation dans la formation, et ces projets m’ont beaucoup nourrie et permis de tester le métier dans la vraie vie.
Je débute dans le milieu donc je donne les conseils qu’on m’a moi-même donné : il ne faut pas sous-estimer les bienfaits de ses erreurs, car on apprend parfois beaucoup plus de ses erreurs, ça m’a beaucoup agacé quand on m’a dit ça, mais la frustration fait partie du package. Ne pas sous-estimer non plus l’importance de prendre le temps d’appliquer un processus créatif étape par étape.

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