Kasia, la formatrice indépendante qui a trouvé sa vocation


Kasia Kaminska formatrice freelance Lean Six Sigma Company

Etre indépendante professionnellement ne s'apparente pas forcément à ouvrir sa propre boîte ou à se lancer dans l'import et la vente de lokoums. Un autre moyen de parvenir à cette indépendance est de vendre ses prestations et ses compétences. On appelle cela la freelance attitude. C'est d'ailleurs ce que je suis moi-même en train d'expérimenter. C'est aussi le cas de ma nouvelle invitée sur ce blog. La différence entre nous deux, elle, elle n'est plus en phase de test. Elle est formatrice /coach freelance depuis 2014 pour un organisme de formations: The Lean Six Sigma Company. En gros, elle est prestataire de services pour cette école. Elle donne cours, forme leurs clients sans s’occuper de les démarcher ( c’est l’organisme de formation qui s’en charge !). Ça peut être un très bon plan pour toutes celles qui voudraient goûter au freelancing sans devoir à s’occuper du business ou marketing. Je dis ça, je dis rien 😉


Katarzyna Kaminska, alias Kasia Kaminska ; c'est comme cela qu'elle se présente aux débuts de ses formations. Je l'ai rencontrée en 2017 chez mon ex-employeur qui avait déployé un parcours en Lean management pour former des ambassadeurs de cette méthode en interne. Le rôle de Kasia était de nous coacher et de nous enthousiasmer à ces outils Lean ( pour les profanes, le Lean est une méthode qui recherche l'amélioration continue, les performances et élimine les gaspillages dans une entreprise).

D’emblée, j’ai été frappée par la grande maturité professionnelle de cette trentenaire. On sent immédiatement qu'elle a de la bouteille, elle n'est pas là pour vendre un show. Sa principale force: elle sait aussi bien convaincre des directeurs que captiver l'attention d'une audience plus opérationnelle, c'est une passionnée. Comme j’ai retrouvé chez elle des qualités que j’apprécie, elle a pris naturellement place dans mon réseau. Et pour tout vous dire, lorsqu’en 2017 j’ai commencé à sérieusement questionner ma carrière, elle a été la première vers qui je me suis tournée pour récolter des infos. Kasia s’est alors montrée très transparente en répondant à mes questions. A l’époque, nous ignorions toutes les deux que deux années plus tard nous travaillerions ensemble. Figurez-vous, c’est elle qui m’a proposé d’être la copywriter francophone pour The Lean Six Company Belgique ! Il était donc tout à fait normal qu’elle prenne place parmi les portraits du blog car au travers de son parcours, on peut beaucoup apprendre. 


Pour les plus pressées d’entre-vous 😉et faciliter la lecture, j’ai divisé son interview en 5 parties: 

  1. elle nous explique pourquoi on doit arrêter de jouer aux perfectionnistes et s'inspirer de Beethoven 

  2. comment son activité complémentaire l’a aidée à sauter le pas

  3. quelles sont les qualités à avoir pour un job de formatrice

  4. l’équilibre vie privée-vie pro car Kasia est une maman de 3 enfants , elle est elle-même à la recherche de bonnes pratiques pour trouver cet équilibre

  5. elle nous présente le Kaizen, cet outil qui peut vous aider dans votre reconversion ou votre projet.


Mais avant de vous laisser avec elle, quelques lignes sur son parcours. Kasia est ingénieure civil de formation. A la sortie de l’université, elle doute de son choix d’études. Veut-elle vraiment faire carrière dans une usine dans la région d’Anvers avec un horaire 9-17h ? Elle se pose énormément cette question « J'étais à la recherche de ma vocation, cela me préoccupait beaucoup ». Et puis lors de sa première année chez son premier employeur, au cours d’une formation, elle fait connaissance avec les concepts Lean Six Sigma. C’est une vraie révélation pour elle. Elle comprend que cette méthodologie est la formalisation de comment elle vit et organise sa propre vie. (D’ailleurs, à l’heure actuel cela n’a pas changé, Kasia considère le Lean comme une vraie philosophie !). Sa vocation lui saute aux yeux: un jour, elle deviendra formatrice en Lean Six Sigma.

En attendant, les années passent. Kasia continue son chemin dans l’industrie, elle travaille notamment chez Toyota. Dans son dernier boulot de salariée, elle a l’occasion d’exercer en tant que formatrice en plus de son rôle de gestionnaire d’une équipe. Mais à côté de ce parfait parcours de l’ingénieure, Kasia s’essaye à une première expérience entrepreneuriale. Elle lance un petit business en tant qu’indépendante complémentaire. Elle ne le sait pas mais cet essai de side-projet va l’aider plus tard à se lancer complètement à son compte. Le temps passe encore. Vient alors l’année 2014, une année charnière : sa vie va prendre un tout autre tournant. De retour de son congé de maternité, elle doit faire face à un nouveau management avec lequel elle n’arrive plus à s’accorder. Elle comprend alors que le moment est venu pour elle de partir. C’est en faisant des recherches sur le net qu’elle tombe sur The Lean Six Sigma Company. Après quelques tests en tant que formatrice freelance pour cet organisme, elle décide de démissionner de son boulot de salariée pour enfin exercer totalement sa vocation. A l'heure où j'écris ces lignes, son destin professionnel a encore évolué puisqu'elle se retrouve à la tête de The Lean Six Sigma Company Belgique!

Place maintenant à l’interview tout en sagesse de Miss Kasia….


S'inspirer de Beethoven pour être moins perfectionniste


Nilay: Kasia, avant de débuter cette interview, tu veux faire passer un message aux lectrices, quel est-il?


Il s'agit d'une inspiration, d'une histoire qui m'a beaucoup aidée lors de ma propre reconversion, de mon parcours. En tant que femmes, nous sommes très perfectionnistes et souvent quand nous débutons un projet, nous voulons, dès le départ, le faire très très bien. J'étais comme cela aussi. Ce perfectionnisme nous empêche dans la plupart des cas de démarrer notre initiative. Quand on se lance dans l'entrepreneuriat, on se pose des questions du genre "Et si ça se passe mal?", "et si ça ne va pas comme prévu?"….et c'est normal. Pour pouvoir sauter le pas, je dirais qu'il faut s'inspirer de Beethoven. Lorsqu'on évoque Beethoven, on ne peut s'empêcher de penser à sa fameuse 5ième symphonie et à son fameux "Tatatataaaaaaa". Cette symphonie a fait de lui est demi-dieu et c'est aussi sa composition la plus jouée ainsi que la plus connue. Par contre ce qu'on ne dit pas de lui, c'est qu'il a écrit des centaines de symphonies dont cinq sont connues et une ultra populaire! Donc dans nos démarches, notre reconversion ou pour avoir la bonne idée, il faut faire 599 "moyens" pas avant de faire "Le" pas. L'originalité, la créativité, la bonne idée ne viennent qu'en testant.


Indépendante complémentaire avant d'être totalement à son compte


Nilay: Et bien! Merci pour cette inspiration! Comme toutes les femmes que j'ai interviewées, tu étais salariée avant de te lancer en tant qu'indépendante à titre principal. Mais tu n'as pas changé le fond de ton métier,  juste ton statut. Peut-on dire que le Lean Six Sigma est une passion pour toi et qu'il t'a servi d'ancre pour le passage à l'indépendance? Que grâce à cela, ta transition a été moins violente?


Oui très certainement. Le Lean est une passion, l'organisation, la simplification des processus est une passion. Il y a différentes manières de voir le Lean. Moi, je le vois comme un moyen de faciliter le travail, de trouver le calme parmi le chaos. Et donc oui, ça a facilité la transition car je connaissais la matière mais pas autant que je la maîtrise aujourd'hui. En anglais, on dit "capable but unconscious". Quand j'étais salariée, j'appliquais ces concepts mais je n'étais pas capable de les formaliser et mon job en tant que formatrice indépendante a permis cela. Une autre chose que j'aimerais rajouter à cette question: ma transition entre salariée et indépendante a été moins violente car un an et demi avant de travailler pour The Lean Six Sigma Company, j'ai lancé un webshop avec ma nièce. On vendait des accessoires de mariage, de mariée en ligne. J'ai eu cette idée après mon propre mariage. J'ai constaté qu'il y a avait des différences entre ce qui se vend "online" et dans les magasins; que la qualité de ce qui est présenté en ligne n'est pas toujours a la hauteur ou que ce qui est proposé en magasin est très cher. J'ai alors voulu lancer un concept hybride avec des articles de bonne qualité et prix accessibles. Ce projet n'a pas vraiment été un succès, j'ai plutôt vendu à des copines mais cette aventure m'a appris plusieurs choses sur moi-même et sur le lancement d'un business. C'est comme cela que je suis devenue indépendante à titre complémentaire. Ce que j'ai compris, c'est que ce n'était pas si compliqué que ça en réalité de se lancer. A l'époque, pour les démarches, je suis allée chez Xerius. Pour conclure, je dirais que ma vraie ancre est cette aventure en tant qu'indépendante à titre complémentaire. Cette expérience a retiré beaucoup de mes craintes. Elle m'a donné toute la sagesse nécessaire pour devenir, plus tard, indépendante à titre principal.


Nilay: Concrètement, peux-tu nous expliquer comment tu as sauté le pas entre ta vie de salariée et celui de formatrice indépendante? As-tu eu l'occasion de tester ton nouveau métier à l'époque avant de démissionner?


Nous étions en juin 2014, je rentrais au boulot après l' accouchement de ma première fille et il y a eu ce changement de management avec lequel je ne m'accordais plus. Je sentais qu'il était temps de changer professionnellement. Ma première idée était de réduire mon temps de travail à 80% mais ce n'était pas une solution envisageable du point de vue de la société dans laquelle je travaillais. J'ai alors commencé à regarder sur internet des centres de formation qui recrutaient des formateurs et je suis tombée sur The Lean Six Sigma Company. Je n'avais jamais entendu parler d'eux mais je me suis dis que si leur nom était Lean Six Sigma, ça voudrait dire qu'ils revendiquent et s'identifient à ces valeurs. Par conséquent, il pourrait y avoir un bon "match". J'ai eu une première rencontre avec Frederik ( responsable TLSSC Belgium), j'étais très nerveuse mais en même temps, je me sentais très confortable car j'étais toujours salariée. Frederik m'a alors proposé de "goûter" à cette indépendance en prenant des jours de congés sur mon boulot de salariée. De plus, point de vue administratif, c'était très facile. Comme j'étais indépendante complémentaire pour mon projet de webshop, je pouvais facturer ma première prestation au nom de mon e-commerce. Avec le recul, je vois vraiment cela comme une combinaison d'éléments qui étaient en faveur de la phase test. Je conseillerais à chaque femme salariée qui veut tester l'entrepreneuriat de le faire en petites étapes. De trancher le grand saut en petits morceaux pour que chacun de ces morceaux soient gérables. Moi, mes morceaux étaient: d'abord mon idée de commerce en ligne, me lancer en indépendante complémentaire et mettre les papiers en ordre afin de facturer. Ensuite, il y a eu la rencontre avec TLLSC, j'ai pris deux jours de congés pour me préparer, puis deux jours pour suivre une formation et enfin deux jours pour donner ma première formation.


Nilay: Et cette période de test, combien de temps a-t-elle duré avant que tu ne démissionnes et deviennes entrepreneure totale?


J'ai rencontré Frederik en septembre. En octobre, je suivais ma première formation. Un mois, plus tard, je donnais ma toute première formation en tant que formatrice pour The Lean Six Sigma Company. Et le 31 décembre, je démissionnais. Comme tu peux le constater, cela a été très vite. Mais comme j'avais déjà une première expérience avec mon statut d'indépendante complémentaire, je savais que je ne sautais pas dans le vide, je savais ce qui m'attendait en étant indépendante totale. Par contre, et je tiens à être honnête avec les lectrices, je n'avais aucune garantie de projets avec The Lean Six Sigma Company. Je savais que ma prochaine mission était une formation en février mais j'étais consciente que je ne pourrais vivre seulement avec ces deux jours de cours. J'avais quand même pas mal de stress à me demander comment j'allais gagner ma vie une fois que je serais totalement à mon compte!


Nilay: Ah oui, donc tu as eu quelques doutes….Et ton entourage alors? T'ont-ils soutenue dans ce changement?


Mon mari a une personnalité très stable et il s'est posé beaucoup de questions d'un point de vue financier, pratique. Le reste de ma famille me connaît, ils savent à quel point je suis responsable et que je ne me lancerais pas si ce n'était pas bien calculé. D'un autre côté, ils n'étaient pas là non plus à m'encourager. Eux aussi me posaient beaucoup de questions du type "Es-tu sûre que vous arriverez à payer….?", "Vous venez d'avoir un enfant…." Mais je ne me souviens pas que tout cela a été un bloquage, un élément bloquant. Je savais que j'allais changer un jour, c'était ancré dans mon caractère. Il faut savoir que mon père était un indépendant et ça m'a servi de "role model".


Nilay: Tu as opté pour la création d'une société, quelles sont les démarches? Et conseillerais-tu d'avoir un filet financier?


Pour lancer sa société, les démarches sont fastidieuses. Tu dois passer par un notaire et payer une somme d'environ 6000 euros. Il ne faut pas nécessairement avoir un business plan sur papier mais l'avoir au moins dans sa tête. Il faut également ouvrir un compte professionnel. Mais avec le recul, je peux dire que ce n'est pas sorcier. N'oublions pas que lorsque nous nous lançons dans une nouvelle aventure, il va falloir apprendre beaucoup de nouvelles compétences. Un humain, pour qu'il puisse apprendre, il doit se sentir confortable. Maintenant, chacune a sa définition du mot sécurité. Ma définition n'était peut-être pas la même que celle d'une autre femme. Et donc pour répondre à ta question, oui, à l'époque nous avions une réserve financière nous permettant de vivre confortablement entre 4 à 6 mois.

Ce qui est compliqué par contre, c'est tout l'aspect comptabilité. Je me rappelle, j'ai acheté un livre "comptabilité pour les nuls". J'avais commencé à le lire mais je ne comprenais pas grand chose alors que je suis ingénieure civile de formation! Il faut dire que c'est une matière tellement différente et spécifique. Aujourd'hui, je m'y retrouve mais lorsque j'avais lancé ma propre société , j'ai fait appel à un comptable. Pas seulement pour le côté pratique mais pour avoir une sorte de guide, de coach. D'ailleurs, cette personne continue de me coacher pour le côté financier. Elle me pose les bonnes questions lorsque mon côté émotionnel prend le dessus. Ça vaut la peine d'avoir ce type de coach professionnel pour son activité et de trouver une synergie. Je me souviens de ses premières questions "Veux-tu bien vivre et dépenser ton argent? ou "Veux-tu investir dans ta vie privée ou encore dans ta démarche professionnelle?". On a parcouru ensemble toutes ces questions conceptuelles afin de déterminer mon profil financier.


Le métier de formatrice


Nilay: J'aimerais aborder maintenant des questions concernant ton métier de formatrice. Quelles sont les qualités à avoir pour devenir formatrice? Et pour devenir formatrice dans le Lean faut-il nécessairement être ingénieure ou avoir un profil technique?