Kasia, la formatrice indépendante qui a trouvé sa vocation



Etre indépendante professionnellement ne s'apparente pas forcément à ouvrir sa propre boîte ou à se lancer dans l'import et la vente de lokoums. Un autre moyen de parvenir à cette indépendance est de vendre ses prestations et ses compétences. On appelle cela la freelance attitude. C'est d'ailleurs ce que je suis moi-même en train d'expérimenter. C'est aussi le cas de ma nouvelle invitée sur ce blog. La différence entre nous deux, elle, elle n'est plus en phase de test. Elle est formatrice /coach freelance depuis 2014 pour un organisme de formations: The Lean Six Sigma Company. En gros, elle est prestataire de services pour cette école. Elle donne cours, forme leurs clients sans s’occuper de les démarcher ( c’est l’organisme de formation qui s’en charge !). Ça peut être un très bon plan pour toutes celles qui voudraient goûter au freelancing sans devoir à s’occuper du business ou marketing. Je dis ça, je dis rien 😉


Katarzyna Kaminska, alias Kasia Kaminska ; c'est comme cela qu'elle se présente aux débuts de ses formations. Je l'ai rencontrée en 2017 chez mon ex-employeur qui avait déployé un parcours en Lean management pour former des ambassadeurs de cette méthode en interne. Le rôle de Kasia était de nous coacher et de nous enthousiasmer à ces outils Lean ( pour les profanes, le Lean est une méthode qui recherche l'amélioration continue, les performances et élimine les gaspillages dans une entreprise).

D’emblée, j’ai été frappée par la grande maturité professionnelle de cette trentenaire. On sent immédiatement qu'elle a de la bouteille, elle n'est pas là pour vendre un show. Sa principale force: elle sait aussi bien convaincre des directeurs que captiver l'attention d'une audience plus opérationnelle, c'est une passionnée. Comme j’ai retrouvé chez elle des qualités que j’apprécie, elle a pris naturellement place dans mon réseau. Et pour tout vous dire, lorsqu’en 2017 j’ai commencé à sérieusement questionner ma carrière, elle a été la première vers qui je me suis tournée pour récolter des infos. Kasia s’est alors montrée très transparente en répondant à mes questions. A l’époque, nous ignorions toutes les deux que deux années plus tard nous travaillerions ensemble. Figurez-vous, c’est elle qui m’a proposé d’être la copywriter francophone pour The Lean Six Company Belgique ! Il était donc tout à fait normal qu’elle prenne place parmi les portraits du blog car au travers de son parcours, on peut beaucoup apprendre. 


Pour les plus pressées d’entre-vous 😉et faciliter la lecture, j’ai divisé son interview en 5 parties: 

  1. elle nous explique pourquoi on doit arrêter de jouer aux perfectionnistes et s'inspirer de Beethoven 

  2. comment son activité complémentaire l’a aidée à sauter le pas

  3. quelles sont les qualités à avoir pour un job de formatrice

  4. l’équilibre vie privée-vie pro car Kasia est une maman de 3 enfants , elle est elle-même à la recherche de bonnes pratiques pour trouver cet équilibre

  5. elle nous présente le Kaizen, cet outil qui peut vous aider dans votre reconversion ou votre projet.


Mais avant de vous laisser avec elle, quelques lignes sur son parcours. Kasia est ingénieure civil de formation. A la sortie de l’université, elle doute de son choix d’études. Veut-elle vraiment faire carrière dans une usine dans la région d’Anvers avec un horaire 9-17h ? Elle se pose énormément cette question « J'étais à la recherche de ma vocation, cela me préoccupait beaucoup ». Et puis lors de sa première année chez son premier employeur, au cours d’une formation, elle fait connaissance avec les concepts Lean Six Sigma. C’est une vraie révélation pour elle. Elle comprend que cette méthodologie est la formalisation de comment elle vit et organise sa propre vie. (D’ailleurs, à l’heure actuel cela n’a pas changé, Kasia considère le Lean comme une vraie philosophie !). Sa vocation lui saute aux yeux: un jour, elle deviendra formatrice en Lean Six Sigma.

En attendant, les années passent. Kasia continue son chemin dans l’industrie, elle travaille notamment chez Toyota. Dans son dernier boulot de salariée, elle a l’occasion d’exercer en tant que formatrice en plus de son rôle de gestionnaire d’une équipe. Mais à côté de ce parfait parcours de l’ingénieure, Kasia s’essaye à une première expérience entrepreneuriale. Elle lance un petit business en tant qu’indépendante complémentaire. Elle ne le sait pas mais cet essai de side-projet va l’aider plus tard à se lancer complètement à son compte. Le temps passe encore. Vient alors l’année 2014, une année charnière : sa vie va prendre un tout autre tournant. De retour de son congé de maternité, elle doit faire face à un nouveau management avec lequel elle n’arrive plus à s’accorder. Elle comprend alors que le moment est venu pour elle de partir. C’est en faisant des recherches sur le net qu’elle tombe sur The Lean Six Sigma Company. Après quelques tests en tant que formatrice freelance pour cet organisme, elle décide de démissionner de son boulot de salariée pour enfin exercer totalement sa vocation. A l'heure où j'écris ces lignes, son destin professionnel a encore évolué puisqu'elle se retrouve à la tête de The Lean Six Sigma Company Belgique!

Place maintenant à l’interview tout en sagesse de Miss Kasia….


S'inspirer de Beethoven pour être moins perfectionniste


Nilay: Kasia, avant de débuter cette interview, tu veux faire passer un message aux lectrices, quel est-il?


Il s'agit d'une inspiration, d'une histoire qui m'a beaucoup aidée lors de ma propre reconversion, de mon parcours. En tant que femmes, nous sommes très perfectionnistes et souvent quand nous débutons un projet, nous voulons, dès le départ, le faire très très bien. J'étais comme cela aussi. Ce perfectionnisme nous empêche dans la plupart des cas de démarrer notre initiative. Quand on se lance dans l'entrepreneuriat, on se pose des questions du genre "Et si ça se passe mal?", "et si ça ne va pas comme prévu?"….et c'est normal. Pour pouvoir sauter le pas, je dirais qu'il faut s'inspirer de Beethoven. Lorsqu'on évoque Beethoven, on ne peut s'empêcher de penser à sa fameuse 5ième symphonie et à son fameux "Tatatataaaaaaa". Cette symphonie a fait de lui est demi-dieu et c'est aussi sa composition la plus jouée ainsi que la plus connue. Par contre ce qu'on ne dit pas de lui, c'est qu'il a écrit des centaines de symphonies dont cinq sont connues et une ultra populaire! Donc dans nos démarches, notre reconversion ou pour avoir la bonne idée, il faut faire 599 "moyens" pas avant de faire "Le" pas. L'originalité, la créativité, la bonne idée ne viennent qu'en testant.


Indépendante complémentaire avant d'être totalement à son compte


Nilay: Et bien! Merci pour cette inspiration! Comme toutes les femmes que j'ai interviewées, tu étais salariée avant de te lancer en tant qu'indépendante à titre principal. Mais tu n'as pas changé le fond de ton métier,  juste ton statut. Peut-on dire que le Lean Six Sigma est une passion pour toi et qu'il t'a servi d'ancre pour le passage à l'indépendance? Que grâce à cela, ta transition a été moins violente?


Oui très certainement. Le Lean est une passion, l'organisation, la simplification des processus est une passion. Il y a différentes manières de voir le Lean. Moi, je le vois comme un moyen de faciliter le travail, de trouver le calme parmi le chaos. Et donc oui, ça a facilité la transition car je connaissais la matière mais pas autant que je la maîtrise aujourd'hui. En anglais, on dit "capable but unconscious". Quand j'étais salariée, j'appliquais ces concepts mais je n'étais pas capable de les formaliser et mon job en tant que formatrice indépendante a permis cela. Une autre chose que j'aimerais rajouter à cette question: ma transition entre salariée et indépendante a été moins violente car un an et demi avant de travailler pour The Lean Six Sigma Company, j'ai lancé un webshop avec ma nièce. On vendait des accessoires de mariage, de mariée en ligne. J'ai eu cette idée après mon propre mariage. J'ai constaté qu'il y a avait des différences entre ce qui se vend "online" et dans les magasins; que la qualité de ce qui est présenté en ligne n'est pas toujours a la hauteur ou que ce qui est proposé en magasin est très cher. J'ai alors voulu lancer un concept hybride avec des articles de bonne qualité et prix accessibles. Ce projet n'a pas vraiment été un succès, j'ai plutôt vendu à des copines mais cette aventure m'a appris plusieurs choses sur moi-même et sur le lancement d'un business. C'est comme cela que je suis devenue indépendante à titre complémentaire. Ce que j'ai compris, c'est que ce n'était pas si compliqué que ça en réalité de se lancer. A l'époque, pour les démarches, je suis allée chez Xerius. Pour conclure, je dirais que ma vraie ancre est cette aventure en tant qu'indépendante à titre complémentaire. Cette expérience a retiré beaucoup de mes craintes. Elle m'a donné toute la sagesse nécessaire pour devenir, plus tard, indépendante à titre principal.


Nilay: Concrètement, peux-tu nous expliquer comment tu as sauté le pas entre ta vie de salariée et celui de formatrice indépendante? As-tu eu l'occasion de tester ton nouveau métier à l'époque avant de démissionner?


Nous étions en juin 2014, je rentrais au boulot après l' accouchement de ma première fille et il y a eu ce changement de management avec lequel je ne m'accordais plus. Je sentais qu'il était temps de changer professionnellement. Ma première idée était de réduire mon temps de travail à 80% mais ce n'était pas une solution envisageable du point de vue de la société dans laquelle je travaillais. J'ai alors commencé à regarder sur internet des centres de formation qui recrutaient des formateurs et je suis tombée sur The Lean Six Sigma Company. Je n'avais jamais entendu parler d'eux mais je me suis dis que si leur nom était Lean Six Sigma, ça voudrait dire qu'ils revendiquent et s'identifient à ces valeurs. Par conséquent, il pourrait y avoir un bon "match". J'ai eu une première rencontre avec Frederik ( responsable TLSSC Belgium), j'étais très nerveuse mais en même temps, je me sentais très confortable car j'étais toujours salariée. Frederik m'a alors proposé de "goûter" à cette indépendance en prenant des jours de congés sur mon boulot de salariée. De plus, point de vue administratif, c'était très facile. Comme j'étais indépendante complémentaire pour mon projet de webshop, je pouvais facturer ma première prestation au nom de mon e-commerce. Avec le recul, je vois vraiment cela comme une combinaison d'éléments qui étaient en faveur de la phase test. Je conseillerais à chaque femme salariée qui veut tester l'entrepreneuriat de le faire en petites étapes. De trancher le grand saut en petits morceaux pour que chacun de ces morceaux soient gérables. Moi, mes morceaux étaient: d'abord mon idée de commerce en ligne, me lancer en indépendante complémentaire et mettre les papiers en ordre afin de facturer. Ensuite, il y a eu la rencontre avec TLLSC, j'ai pris deux jours de congés pour me préparer, puis deux jours pour suivre une formation et enfin deux jours pour donner ma première formation.


Nilay: Et cette période de test, combien de temps a-t-elle duré avant que tu ne démissionnes et deviennes entrepreneure totale?


J'ai rencontré Frederik en septembre. En octobre, je suivais ma première formation. Un mois, plus tard, je donnais ma toute première formation en tant que formatrice pour The Lean Six Sigma Company. Et le 31 décembre, je démissionnais. Comme tu peux le constater, cela a été très vite. Mais comme j'avais déjà une première expérience avec mon statut d'indépendante complémentaire, je savais que je ne sautais pas dans le vide, je savais ce qui m'attendait en étant indépendante totale. Par contre, et je tiens à être honnête avec les lectrices, je n'avais aucune garantie de projets avec The Lean Six Sigma Company. Je savais que ma prochaine mission était une formation en février mais j'étais consciente que je ne pourrais vivre seulement avec ces deux jours de cours. J'avais quand même pas mal de stress à me demander comment j'allais gagner ma vie une fois que je serais totalement à mon compte!


Nilay: Ah oui, donc tu as eu quelques doutes….Et ton entourage alors? T'ont-ils soutenue dans ce changement?


Mon mari a une personnalité très stable et il s'est posé beaucoup de questions d'un point de vue financier, pratique. Le reste de ma famille me connaît, ils savent à quel point je suis responsable et que je ne me lancerais pas si ce n'était pas bien calculé. D'un autre côté, ils n'étaient pas là non plus à m'encourager. Eux aussi me posaient beaucoup de questions du type "Es-tu sûre que vous arriverez à payer….?", "Vous venez d'avoir un enfant…." Mais je ne me souviens pas que tout cela a été un bloquage, un élément bloquant. Je savais que j'allais changer un jour, c'était ancré dans mon caractère. Il faut savoir que mon père était un indépendant et ça m'a servi de "role model".


Nilay: Tu as opté pour la création d'une société, quelles sont les démarches? Et conseillerais-tu d'avoir un filet financier?


Pour lancer sa société, les démarches sont fastidieuses. Tu dois passer par un notaire et payer une somme d'environ 6000 euros. Il ne faut pas nécessairement avoir un business plan sur papier mais l'avoir au moins dans sa tête. Il faut également ouvrir un compte professionnel. Mais avec le recul, je peux dire que ce n'est pas sorcier. N'oublions pas que lorsque nous nous lançons dans une nouvelle aventure, il va falloir apprendre beaucoup de nouvelles compétences. Un humain, pour qu'il puisse apprendre, il doit se sentir confortable. Maintenant, chacune a sa définition du mot sécurité. Ma définition n'était peut-être pas la même que celle d'une autre femme. Et donc pour répondre à ta question, oui, à l'époque nous avions une réserve financière nous permettant de vivre confortablement entre 4 à 6 mois.

Ce qui est compliqué par contre, c'est tout l'aspect comptabilité. Je me rappelle, j'ai acheté un livre "comptabilité pour les nuls". J'avais commencé à le lire mais je ne comprenais pas grand chose alors que je suis ingénieure civile de formation! Il faut dire que c'est une matière tellement différente et spécifique. Aujourd'hui, je m'y retrouve mais lorsque j'avais lancé ma propre société , j'ai fait appel à un comptable. Pas seulement pour le côté pratique mais pour avoir une sorte de guide, de coach. D'ailleurs, cette personne continue de me coacher pour le côté financier. Elle me pose les bonnes questions lorsque mon côté émotionnel prend le dessus. Ça vaut la peine d'avoir ce type de coach professionnel pour son activité et de trouver une synergie. Je me souviens de ses premières questions "Veux-tu bien vivre et dépenser ton argent? ou "Veux-tu investir dans ta vie privée ou encore dans ta démarche professionnelle?". On a parcouru ensemble toutes ces questions conceptuelles afin de déterminer mon profil financier.


Le métier de formatrice


Nilay: J'aimerais aborder maintenant des questions concernant ton métier de formatrice. Quelles sont les qualités à avoir pour devenir formatrice? Et pour devenir formatrice dans le Lean faut-il nécessairement être ingénieure ou avoir un profil technique?


Kasia, en pleine séance de formation

Il ne faut absolument pas être ingénieure. Nous avons des formateurs/formatrices qui ne sont pas ingénieurs de formation. Il faut avoir un côté didactique et pratique à la fois. Comme nous sommes coaches, il faut savoir comment transmettre les connaissances. Il faut être capable de se mettre dans la tête d'autrui. Pas dans un mode empathique émotionnel mais rationnel. Il faut être capable de comprendre l'analyse que la personne en face de nous fait.

Pour pouvoir survivre à du long terme, les sociétés, les entreprises doivent avoir un système d'adaptation au changement. Et ce système d'adaptation peut être le Lean Six Sigma. Ça peut aussi être un autre système d'adaptation.  Mais toutes les sociétés ont besoin d'un système de changement, d'agilité, tout comme les êtres humains. Il ne faut pas avoir un profil technique mais comprendre cet élément est essentiel.


Nilay: Et dans ce que tu viens te dire, il y a une notion que j'aimerais creuser. Tu es formatrice/ coach mais pas consultante. Quelle est la différence entre un coach et consultant justement?


En étant coach, mon rôle est de développer mon client pour qu'il maîtrise les outils et la connaissance que je maîtrise moi-même. C'est un transfert de connaissance, un développement. Un coach c'est comme un éducateur. Tandis qu'en étant consultant , selon mon interprétation, on donne des avis, on dit ce que doit faire notre client sans lui donner le pourquoi. On garde l'analyse pour soi et on lui donne les réponses. C'est un peu le cliché: le consultant donne des réponses, le coach pose des questions. Le coach tend à être dispensable, le consultant à devenir indispensable. Le consultant cherche à rester le plus longtemps possible dans la structure de son client. Le coach cherche à ce que son client atteigne une maturité suffisante afin de voler de ses propres ailes. 


Et l'équilibre vie privée/vie pro dans tout ça?


Nilay: As-tu l'impression de travailler plus que si tu étais restée salariée ? En gros, la vie te paraît-elle plus dure ou plus stressante ?


Non, la vie ne me paraît pas plus dure en tant qu'indépendante, le stress est complètement différent. Je n'ai pas l'impression de travailler plus mais en toute honnêteté, je travaille plus. Je travaille pendant mes congés, je travaille le week-end mais il y a aussi des moments où je ne travaille pas. Quand j'ai eu mon troisième enfant, je n'ai pas travaillé pendant 3 mois. Mais c'est une passion Nilay, je ne considère pas que je travaille beaucoup plus. J'ai trouvé ma vocation. Les journées de travail sont beaucoup plus imprévisibles en étant indépendante, il y a beaucoup moins de routine et donc il faut aimer ce changement constant. En étant salariée, on sait prévoir comment nos semaines vont se dérouler sur une période de 3 à 4 mois. Je me souviens à mes débuts en tant qu'indépendante, ça m'effrayait beaucoup mais en même temps, ça me donnait un énergie énorme de ne pas savoir ce que j'allais faire dans les prochains mois. Encore aujourd'hui, je ne sais pas ce que je vais faire dans les mois à venir et je ne sais pas si je vais travailler à un rythme de 5 jours par semaine ou 2 jours par semaine. Je vais me répéter mais ma vie d'indépendante ne me paraît pas plus stressante. Evidemment cette notion de stress est propre à chacune, elle est subjective ou encore relative par rapport à ce qu'on a vécu les semaines précédentes ou plus antérieurement. Et pour tout te dire, j'ai trouvé ma vie de salariée plus stressante que ma vie d'indépendante.


Nilay: Tu voyages beaucoup pour ton boulot et tu es maman de 3 enfants, comment fais-tu pour trouver l'équilibre entre vie professionnelle et privée ?


Kasia, elle est aussi une mompreneur!

Aaah j'adore cette question! Et bien, je ne le sais pas, je cherche cet équilibre. Je suis maman de petits enfants: 5 ans et demi, 4 ans et 8 mois. J'ai beaucoup voyagé pour le boulot l'année passée, le dernier n'était pas encore né. Pour le moment, j'ai stoppé ces voyages mais je les reprendrai car ça me permet d'être dans mon "Cocoon". On ne gère pas le nombre d'heures que nous demande le business. Comme dit précédemment, il y a des moments où il y a plus de travail et des moments où il y en a moins. La recherche de cet équilibre est constante. On ne trouve pas un équilibre. Atteindre ce fameux équilibre, c'est un mythe, c'est l'utopie parce que les éléments de l'extérieur changent à chaque fois, les besoins d'un enfant évoluent etc... Mais j'aime bien ça, ça marche pour moi mais je peux aussi concevoir que ça peut donner du stress à d'autres parents. J'avoue que je suis à la recherche de bonnes pratiques de la part de mamans indépendantes. Je réfléchis même à l'idée de mettre des vidéos online pour partager mes bonnes pratiques. Je suis moi-même des blogs d'autres mompreneurs. Par exemple, pour mon propre emploi du temps, je regarde les choses qui ont une valeur ajoutée et celles qui n'en ont pas, je ne les fais plus tout simplement. Dans cette optique, avec mon mari, depuis ces trois dernières années, nous avons arrêté de faire certaines tâches qui ne nous rapportaient rien. Pour conclure, l'équilibre, je continue à le chercher😉


Nilay: Penses-tu que tu redeviendras un jour salariée ? Et ce statut d'indépendant a-t-il changé ta vie ?


Non, mais qui sait? Je n'exclus rien. Et pour la seconde question: oui et non. Si je te disais oui, je mentirais, j'aurais l'impression d'exagérer. Mais si je te disais non, je mentirais également.


Le Kaizen, un outil pour nous aider dans notre reconversion et nos projets


Nilay: Kasia, tu m'avais expliqué que tu ne croyais pas qu'on pouvait changer de vie professionnelle radicalement mais que c'était possible en utilisant des Kaizen....qui est un outil lean 😉. Peux-tu expliquer à nos lectrices en quoi consiste cette méthode ?


Aaaah, chères lectrices de Nilay (elle rit)…..le Kaizen (je détaille la méthode dans cet article), l'outil le plus fantastique au monde….Pour le comprendre et l'utiliser , il faut d'abord saisir que le changement est essentiel et naturel. Le Kaizen est un mot japonais qui décrit l'ensemble de petits changements qui donnent, une fois réunis, un grand résultat. Il faut le voir avec son acronyme: le projet. Dans le monde occidental, capitaliste, le projet est considéré comme un gros changement du type: planifier, exécuter et passer au suivant. Le monde ne fonctionne pas comme cela et ses changements ne sont jamais radicaux. Et même si on veut atteindre un changement radical, la préparation doit être très minitieuse. Le monde évolue de façon Kazien. Chaque jour, il progresse un tout petit peu. Et donc pour moi, la façon la plus naturelle de faire une reconversion, c'est d'utiliser ce mode de petits changements naturels journaliers. Mais on ne peut pas entreprendre de changements sans avoir une vision, une vue. Pa exemple, la nature  ne passe pas du jour au lendemain à l'hiver. Elle sait très bien que cette saison va arriver et elle s'y prépare. Mais quand on parle de projet, de gros changements, on oublie qu'ils sont constitués de tous petits changements. Le secret d'un bon change management est de trouver la bonne vitesse à laquelle une personne digère ce changement. Utiliser le Kaizen,  c'est cette façon japonaise de voir le flux de la vie. Il est associé au fonctionnement de l'humain, de la nature,de tout ce qui est autour de nous. Se servir de cette méthode pour faire sa reconversion professionnelle permet de se libérer de ses craintes, de la peur de se lancer dans un gros projet. Le Kaizen aide à saucissonner le projet en petits morceaux. En fait, cela revient à incorporer le changement dans sa vie comme un flux naturel.

Je ne crois pas dans le changement radical qui devient un standard. Je crois plutôt aux petits changements de la situation actuelle pour arriver aux gros changements. Bien évidemment, il y a des facteurs externes qui nous poussent parfois à un faire un truc radical mais alors dans ce cas, c'est notre instinct qui nous guide. Ce dernier nous dirige vers une décision, vers un imprévu non planifié. Quand on rêve de tenir un Bed & Breakfast en Australie, qu'on commence à fréquenter des gens qui ont fait cette expérience et qu'un évènement imprévisible se passe dans notre vie nous poussant à une décision radicale, alors peut-être oui, on va se lancer et partir en Australie. Mais le changement extrême vient à la suite de circonstances externes qui ne sont pas prévisibles. Par contre, on peut déjà préparer la terre pour que quand on y plante la graine, elle puisse pousser. Si on ne prépare pas la terre, la graine ne s'y développera pas.


Nilay: Et toi, comment vois-tu la suite de ta carrière ? As-tu des projets ?


Des gros projets Nilay (elle rit)…En fait, ce sont des visions, des rêves…J'évalue à chaque fois si les opportunités s'accordent avec mes rêves ou non. J'ai un point dans l'horizon, est-ce que je vais l'atteindre oui ou non? Je ne sais pas. Je rêve d'avoir une école de vie pour adultes, pour les reconversions, pour ceux qui se sont perdus et qui ont des doutes sur leurs vies. L'accompagnement se baserait sur le concept "The body, the mind and the soul". Cette école serait un grand château au milieu de la nature type grande prairie. Les gens y passeraient et moi, je ne devrais plus sortir. Ils y viendraient pour leur reconversion et nous leur fournirions tout ce dont ils auraient besoin pour le faire. Mais blague à part, je ne vois pas ça comme un projet. Par contre, je regarde ce qui passe sur ma route et si des opportunité s'accordent avec mes rêves, je les saisis. Sinon, je les laisse de côté. Et c'est donc ça mon Kaizen. Avoir trop de choix est en quelque sorte un problème dans les pays développés dans lesquels nous avons la chance de vivre. Beaucoup de femmes dans le monde n'ont pas ce luxe, elles doivent se battre. Elles  sont en mode instinct pour survivre. J'ai la chance d'avoir la vie que j'ai et ma façon à moi de retourner cela aux autres est de les aider.


Nilay: Enfin, dernière question, si des femmes sont inspirées par ton témoignage peuvent-elles te contacter pour avoir plus d'infos ? Via LinkedIn ?


Absolument! Elles peuvent me contacter via mon profil LinkedIn. Et si elles ont des bonnes astuces pour trouver l'équilibre, je suis preneuse!


Un tout grand merci à Kasia pour avoir partagé son parcours avec nous et à ses super conseils!


Que retenir de notre consoeur Kasia?


A chaque fois que vous vous sentez effrayées, que vous doutez de ce que vous faites ou produisez, pensez à Beethoven et dites-vous que pour pouvoir écrire son "Tatatataaaaa", il a écrit beaucoup de "brols" aussi! (ça vient du néerlandais: camelote ). Donc entreprendre des choses "moyennes", imparfaites est un moyen pour arriver à l'excellence.
Mon aventure avec  le webshop m'a aidée à démystifier de me lancer en tant qu'indépendante à titre principal par la suite. Il ne faut pas avoir peur, c'est réalisable.
Le fait de tester ma vie de formatrice m'a permis de répondre à des questions du type "Est-ce que cela va me plaire?", "Suis-je faite pour cela?"…..Avoir ces réflexions de changement de métier, puis de les tester m'a aidée à décider si oui on non je voulais réellement me lancer à mon compte totalement. Je suis une personne qui doit essayer avant de tirer des conclusions, je ne suis pas une conceptuelle. Et cette façon de procéder a marché pour ma reconversion.
Le fait d'avoir quelqu'un dans son entourage qui a posé l'exemple donne un aspect normal à l'entrepreneuriat, dans le sens de: ça devient la norme. Pour moi être indépendante était une norme que j'ai vue à la maison. En quittant l'université, la norme n'était pas de devenir entrepreneur, je suis alors devenue salariée mais ma "norme" était bien présente à l'intérieur de moi.
On ne peut pas devenir indépendant si on n'arrive pas à payer ses factures à la fin du mois parce qu'on va concentrer toute notre énergie sur ce stress, ce risque et on ne va pas pouvoir apprendre de nouvelles compétences. Il faut se poser la question "Est-ce que je me sens en sécurité pour me lancer?"
Certains disent: "Ce n'est pas parce que j'ai des enfants que je ne peux plus faire ceci ou cela" C'est faux! Je ne suis pas d'accord avec ça. Le jour où on a des enfants ou on se lance dans un business, on fait des choix. Et ce choix aura un impact sur notre vie. On ne peut pas s'attendre à vivre comme on le faisait avant ce choix.
Dans sa biographie, Steve Jobs disait: " Regardez en arrière et rendez-vous compte de tous les petits pas que vous avez faits et qui ont eu un impact, un résultat." Mais pendant qu'on fait ces petits pas, on ignore où ils vont nous amener, à quel projet. Le changement radical du genre : je suis dans mon fauteuil, je regarde une émission à la télé qui montre un couple parti s'installer en Australie pour ouvrir un Bed & Breakfast et je vais tout quitter du jour au lendemain pour faire comme eux, je n'y crois pas! Ca ne veut pas dire que ce sont seulement ceux qui auraient un réseau en Australie qui pourraient le faire. Mais se lancer dans un gros truc se compose de beaucoup de petites étapes.
Mon conseil à celles qui veulent se reconvertir: regardez les opportunités autour de vous, saisissez celles qui s'accordent avec votre rêve et laissez les autres de côté sinon vous allez vous perdre dans les possibilités.

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