Et si tu venais sauter sur le tremplin avec Marie-Martine?

Mis à jour : 20 nov. 2018





Avant de la rencontrer, j'avais été prévenue "Sous ses airs de blondinette fluette se cache un vrai tank".

Effectivement, je confirme, Marie-Martine Carlier c'est une main de fer dans un gant de velours. Et pour cause, son caractère, son grand professionnalisme, elle les a acquis grâce à un parcours très riche et passionnant. N'essayez surtout pas de duper notre conseillère spécialiste en formation et ressources humaines, vous ne ferez pas le poids face à ses connaissances du milieu des entreprises et des RH.

Pourtant Marie-Martine ne se prédestinait pas à ce métier, elle a étudié la communication, elle rêvait de devenir journaliste d'investigation! Le hasard de la vie a fait qu'elle a commencé sa carrière dans un cabinet de chasseur de têtes. Cabinet qui sera racheté par un groupe de conseil, c'est à cette occasion que Marie-Martine découvre l'outplacement.

Elle y fait ses premières armes: elle passe d'assistante projet à consultante senior.

Mais voilà, notre Marie-Martine s'ennuie, ce qui compte pour elle ce n'est pas de monter dans la hiérarchie mais de multiplier les expériences, car c'est une curieuse qui n'a pas peur de la nouveauté ni de sortir de sa zone de confort ( les filles, prenons en de la graine!).

Alors, elle propose des projets et monte un département. Après cette aventure passionnante de création d'un service, elle s'ennuie de nouveau (sacrée Marie-Martine!),

elle décide alors de donner une dimension plus internationale à son parcours. Elle intègre un cabinet d'outplacement américain pour gérer et implémenter un e-projet de méthodologie d'accompagnement sur l'Europe. Durant cette période, elle travaille dans plusieurs pays.

Et puis, comme tout grand groupe, son cabinet est victime de certains remous, il propose à ses salariés de passer sous contrat freelance. Marie-Martine saute dans le train. Mais ce qui devait arriver arriva en 2008: le cabinet se débarrasse de tous ses travailleurs indépendants. Marie-Martine se retrouve alors seule et fonde son cabinet Act & Be.

Aujourd'hui, dans ce portrait, zoom sur sa carrière d'indépendante mais surtout zoom sur le sur le programme Springboard ou Tremplin pour les femmes (in French Pleaaase!). Programme de développement professionnel et personnel fait par des femmes et pour des femmes. Et vous savez quoi? Marie-Martine est la seule formatrice belge accréditée de ce programme. Alors les filles, prête à découvrir le Springboard avec Marie-Martine?


Nilay: Marie-Martine, Act & Be existe depuis 10 ans maintenant, vous nous expliquez votre vie d'entrepreneure?


Là, je suis un contre-exemple, j'ai bien réussi ma vie professionnelle de salariée, je ne suis pas sortie d'une école prestigieuse mais j'ai travaillé dans des cabinets de recrutement et de conseil haut de gamme, j'ai été drillée, c'est une dure école, ce sont des environnements qui vous font réfléchir, j'ai eu la chance de côtoyer des gens qui vous tirent vers le haut, j'ai complété cette école avec pragmatisme et bon sens. Concernant mon parcours d'indépendant, j'ai tout fait à l'envers: j'ai eu des clients avant de réfléchir à ce que je voulais faire, je n'ai jamais fait ma promotion. J'ai tout de suite eu deux gros clients, ce qui est bien et ce qui est un piège car du coup je n'ai pas fait d'action marketing (je n'en avais pas vraiment besoin), j'ai fait tout l'inverse que tous ces conseillers du web marketing font, j'avais un site internet et je l'ai fait fermé, je l'ai rattaché au site web de mon mari, ma publicité je l'ai faite de bouche à oreille. Je n'ai rien fait comme il fallait!


Nilay: Et vous le regrettez ou pas?


Oui, j'aurais eu plus de libertés si j'avais davantage communiqué, j'aurais pu choisir d'autres clients, d'autres prestations.


Nilay: Mais vous êtes contente de travailler en tant qu'indépendante?


Je travaille plus que lorsque j'étais salariée, c'est arrivé à un bon moment dans ma vie privée, je peux travailler 15 heures un jour puis 5 heures un autre jour. Avec des jeunes enfants, je n'aurais jamais pu faire ce que je fais. Travailler en indépendante correspond bien à mon caractère, j'ai toujours été un électron libre, je ne suis pas le genre à entrer dans un canevas. D'ailleurs quand j'étais salariée, je faisais les choses différemment, je proposais des nouveautés. Je n'ai jamais aimé la routine.


Nilay: Parlons de Springboard maintenant, comment avez-vous découvert ce programme et pourquoi avoir choisi d'en être une formatrice?


C'est une amie/collègue française qui m'a parlé de ce programme. J'ai été intéressée par ce programme car durant toutes ces années d'accompagnement, de coaching, je remarquais qu'on était fort axé sur le côté professionnel. Ce programme apporte une analyse plus humaine, plus globale. Il offre une réflexion sur un projet de vie en intégrant le côté personnel et professionnel. J'ai décidé donc d'aller me former dans la maison mère en Angleterre.


Nilay: Springboard trouve donc son origine en Angleterre, mais comment est né ce programme?


Springboard a été créé par deux formatrices anglaises il y a plus de 30 ans. Elles ont été sollicitées par la BBC qui voulait aider ses collaboratrices talentueuses à oser se positionner et saisir des opportunités intéressantes quand elles se présentaient. Suite à cette demande, les deux formatrices ont donc élaboré une méthode qui s'appuie sur la réflexion personnelle, des échanges en groupe et des échanges en sous-groupe. Ici on n'est pas du tout dans un coaching one to one mais un coaching de groupe.


Nilay: Concrètement, comment se passe ce programme?


La méthode est originale: les coaches accrédités Springboard ne font pas du coaching, elles apportent la méthodologie. Ce sont 4 journées de formation réparties sur 3 mois. Les coaches apportent une série de réflexions, de partages sur un thème. Les participantes réfléchissent en groupe et sous-groupe , elles mettent ensuite leurs réflexions en commun. Entre chaque journée de formation, les participantes doivent réfléchir individuellement à l'aide d'un guide qui reprend les thématiques abordées. De retour à la formation, elles rencontrent des personnes d'un des sous-groupes pour faire un retour de comment elles avancent. Et on recommence la boucle le deuxième jour avec de nouvelles thématiques et ainsi de suite.


Nilay: Qui peut participer à ce programme? des employées? des demandeuses d'emplois? des indépendantes? est-il réservé à un âge particulier?


Salariées, managers, chercheuses d'emploi, entrepreneuses. La baseline c'est être une femme. Maintenant, dans les groupes, nous allons veiller à éviter les disparités, il faut que les femmes soient à leur aise. Mais on peut y retrouver une responsable marketing, une ingénieure, une assistante de direction, une fleuriste. Il n'y a pas de limite d'âge, la sénior qu'on a eu avait 63 ans, les profils juniors sorties de l'école ou avec une première expérience peuvent également intégrer le programme. Les jeunes apportent du dynamise au groupe et les profils seniors une certaine sagesse. La méthode est vraiment bien faite, il n'y a pas de concurrence, d'enjeux entre ces femmes. C'est vraiment un moment de partage de vie personnelle, professionnelle avec des personnes inconnues. C'est comme se retrouver à confier des choses qu'on confierait à une inconnue dans l'avion plutôt qu'à sa meilleure amie. Je tiens à préciser qu'au départ, il y a des règles de bienveillance et de confidentialité.


Nilay: Et ces thématiques qui sont abordées, quelles sont-elles?


Les compétences qu'on a acquises professionnellement, tout ce qui se trouve dans un bilan de carrière classique, mais aussi réfléchir sur son chemin de vie, travailler sur sa communication, travailler sur sa visibilité, apprendre à parler de soi, apprendre à ne pas se positionner en victime, s'enrichir des expériences des autres, s'engager dans les actions qu'on va prendre au cours de la formation.


Nilay: Donc si je comprends bien, à côté de ces réflexions lors des formations, les femmes s'engagent à prendre des actions et à les tester dans la vraie vie?


Exactement, lorsqu'elles reviennent dans les groupes, elles font un retour de leur expérience, il n'y a aucun jugement de la part des participantes, c'est vraiment se motiver toutes ensemble. On se tient toutes la main quand on saute sur le tremplin pour éviter qu'il y en ait une qui tombe ou qui saute trop haut et qui risquerait de tomber plus bas. Ce sont des échanges de feedback réalistes.


Nilay: Peut-on dire que Springboard est un programme féministe?


Non. Sinon, je ne l'aurais jamais fait. Ce n'est pas un programme pour suffragettes.

Ici, il y a des mamans, des femmes qui travaillent, des femmes qui veulent faire carrière, des femmes qui ne veulent pas faire carrière. Nous ne sommes pas contre les hommes!


Nilay: Pas un programme féministe mais féminin....


Oui féminin mais on ne parle pas chiffon/pompon, de fringues, de recettes de cuisine. C'est un programme pour faire le point à un moment donné de sa vie sur le plan personnel et professionnel. Certaines femmes viennent pour résoudre une problématique lié à leur travail et en cours de programme, elles s'aperçoivent que c'est au niveau personnel que ça coince et inversement.


Nilay: Après avoir suivi ce programme,que se passe-t-il pour les participantes, quelles bénéfices en retirent-elles?


Ca va dépendre d'elles, certaines vont décider de continuer sur leur lancée, elles savent que si elles ont besoin d'un accompagnement individualisé, elles peuvent contacter les formatrices accréditées pour suivre une ou deux séances de coaching one to one.


Nilay: Donc après ce programme, y -a-t-il des femmes qui osent sauter le pas? Avez-vous des exemples concrets?


Oui d'ailleurs il y a des statistiques suivies par la SKEMA Business School, ils compilent les résultats avant l'entrée en programme, à la fin du programme et 6 mois après avoir suivi le programme ( Marie-Martine me tend alors la brochure du programme, je peux y lire que 84% des femmes ont davantage confiance en elles, 70% équilibrent mieux vie personnelle et professionnelle, 81% prennent plus d'initiatives....)

Oui j'ai des exemples concrets. Dernièrement nous avons eu une responsable qualité qui n'était pas bien dans son poste, trop d'exigences, trop de pression, elle faisait le trajet tous les jours sur Bruxelles, elle était épuisée. A la fin du programme, elle a compris ses blocages, pourquoi elle se mettait dans des positions où elle voulait tout bien faire, elle a fait un point sur sa vie personnelle et a réussi à se décider pour quitter son employeur. Elle a trouvé un emploi près de chez elle. Une autre avait un gros business dans la location de salles de mariage, traiteurs.....elle avait tenu cela à bras le corps durant des années toute seule. Lorsqu'elle a vendu son affaire, ça a été un vrai déchirement pour elle car ceux qui avaient repris son business avaient lamentablement échoué. Participer au programme lui a permis de digérer.


Nilay: Est-ce que les entreprises sont intéressées par ce programme? Vous ont-elles déjà sollicitée?


Oui. Et celles qui sont intéressées par Springboard inscrivent une certaine catégorie de leurs collaboratrices, elles veulent savoir si elles sont prêtes à passer à un niveau supérieur, si elles ont le potentiel de devenir middle manager. Ce n'est pas un programme de leadership élitiste. La collaboratrice décide elle-même si elle a envie de passer à ce niveau supérieur ou pas, elle se prend en main. C'est davantage un programme orienté middle management. Les femmes qui ont déjà une position de haut potentiel, ou sorties de formations de type MBA intègrent des programmes de leadership au féminin.


Nilay: Rentrons dans des questions plus pratiques, où ont lieu ces formations? Car en recherchant sur le net, je n'ai rien trouvé sur la Belgique......


Chacune des formatrices accréditées doit gérer le marketing du programme sur sa zone géographique. Le programme est traduit dans plus de 20 langues…. Mais pas en néerlandais. Je l’ai donc surtout vendu via mon réseau sur la Wallonie, et non dans les sièges de grandes entreprises où on demandait un équivalent en néerlandais. A côté des groupes créés en Belgique via le bouche-à-oreille, je le coanime avec ma collègue dans le nord de la France. Elle a fait énormément d’actions marketing pour le promouvoir. (Petit conseil au passage : lorsqu’on aime apprendre, se former …. Il peut être intéressant de réfléchir au ROI de l’investissement mis dans la formation 😊 et au temps nécessaire pour le vendre) Lorsqu’une entreprise est intéressée, on lance le programme en intra, ou en extra. Le groupe pourra alors compter aussi des femmes qui se sont inscrites individuellement … un groupe démarre avec 9 personnes et peut aller jusqu’à 15.


Nilay: Si une femme veut participer à ce programme, quelle démarche doit-elle suivre et quel est le coût de ce programme?


Avant d'intégrer le programme, chaque femme est reçue individuellement. Si nous nous apercevons qu'une femme n'est vraiment pas bien, voire en burn-out, ce n'est pas le moment idéal : on va plutôt l'orienter vers un coaching individuel ou un spécialiste externe. Pour le budget, il faut compter environ 900 euros pour 4 journées (le guide est inclus et ce tarif s'applique pour des personnes individuelles) 


Nilay: Si des femmes veulent être des ambassadrices de ce programme, si elles désirent être comme vous une formatrice accréditée de Springboard, doivent-elles avoir un CV particulier? Doivent-elles nécessairement venir du monde des Ressources Humaines?


Non mais il faut avoir une bonne expérience de vie, ainsi que du monde des entreprises pour pouvoir piloter, animer, partager son expérience dans les groupes. Un profil trop junior ne sera pas forcément retenu par Springboard.


Nilay: La formation a lieu en Angleterre? Elle dure combien de temps?


Oui, elle se passe en Angleterre, c'est donc en anglais. Elle dure 8 jours consécutifs: cours en journée et devoir à faire le soir. Je dois dire que c'est assez intense!


Nilay: Laissons de côté Springboard un instant, vous qui avez une très grande expérience en tant que coach de carrière, vous qui accompagnez de nombreuses femmes, que leur diriez-vous spontanément pour qu'elles (re)prennent leur vie professionnelle en main?


De bien penser à leur vie professionnelle mais aussi à leur vie personnelle, de s'inspirer d'exemples d'autres personnes, de partager leurs expériences avec elles et de faire des bons choix de managers.


Nilay: Comme vous mettez le doigt dessus, qu'est-ce qui caractérise alors un bon manager?


C'est quelqu'un qui va tenir compte de votre potentiel pour vous donner confiance, vous tirer vers le haut, qui va partager son expérience, qui va être juste et qui ne cherchera pas à vous retenir à tout prix. C'est une personne qui donne des racines et des ailes.


Nilay: Enfin Marie-Martine, si des femmes sont intéressées par Springboard, peuvent-elles vous contacter?


Oui, bien sûr, elles peuvent le faire via LinkedIn ( Marie-Martine Carlier). Si il y a suffisamment de participantes en Belgique ( 9 personnes), je lance un programme.  Sinon, elles peuvent suivre le programme dans le nord de la France.


Grand merci à Marie-Martine pour cette conversation super enrichissante

Act and Be / programme Springboard


Que retenir de notre consoeur Marie-Martine?


"Ce que j'aime bien avec Springboard, on va donner à toutes ces femmes talentueuses, qui n'osent pas, un déclencheur: tu peux y aller si tu en as envie,le choix leur appartient en prenant en compte leur parcours professionnel et leur vie personnelle"
"Contrairement aux écoles de coaching qui indiquent qu’il ne faut pas donner de conseils, ici, on est dans le pragmatisme, avec Springboard, on n'a pas peur d'échanger nos expériences, de donner des recettes"
"La force de Springboard: je rencontre beaucoup de femmes talentueuses qui n'osent pas faire ce dont elles ont envie, par exemple parce qu’elles n'ont pas fait d'études poussées, ou qu’elles pensent que les autres sont des «wonderwomen». Grâce à ce programme, elles vont côtoyer et se reconnaître dans les histoires des femmes qui leur ressemblent, quels que soient les métiers, les origines…. On n’est pas dans les témoignages de certains magazines dans lesquelles elles ne se reconnaissent pas"
"Faire sa promotion peut s'apprendre, je rencontre beaucoup de personnes qui étaient comme moi très discrètes, qui n'avaient pas ce talent inné mais elles se sont faites accompagnées par des structures, incubateurs, elles ont réussi à se lancer en ayant des bons conseils, un plan marketing.....il existe des méthodes à mettre en place"
"Si vous avez un manager médiocre, votre vie sera médiocre, choisissez un manager plutôt qu'une entreprise. Parfois, on n'a pas trop le choix car on doit payer ses factures mais cela ne doit pas devenir bloquant à du long terme"
"Pour moi, on a plusieurs étapes de vie professionnelle, à certains moments, c'est progression horizontale (acquisition de compétences plus techniques) et à d'autres moments on peut prendre des responsabilités hiérarchiques, de management d'équipe ou de projet. Vouloir faire les deux à la fois, ce n'est pas très réaliste et c'est ce qui correspond dans la vie privée: il est difficile de prendre la responsabilité d'énormes projets quand on a de tous petits enfants, qu'on ne dort pas la nuit, on finit toujours pas craquer et par envoyer tout promener; chaque chose en son temps, en restant ouverte à tout ce qu'il se passe"