Catherine Taret, l'auteure qui vous réconcilie avec le temps qui passe


photo par Claude Gassian © Flammarion

Être en retard sur sa vie, ne pas avoir trouvé sa voie ou encore l’amour malgré l’âge avançant... tandis que tous ceux qui nous entourent ont une vie rythmée comme du papier à musique. Quelle frustration ! Alors, plusieurs options se présentent à nous. Parmi mes premiers choix : nous pouvons écouter en boucle l’hymne du rappeur Nas « Life’s a bitch and then you die » — encore faut-il être fan de Hip-hop —, ou bien lire le livre de Catherine Taret Il n’est jamais trop tard pour éclore.


Catherine Taret est ce qu’on appelle une late bloomer, expression anglo-saxonne pour désigner une personne qui se réalise tardivement ou plus tard que la norme. Et détail croustillant, elle l’a appris en rencontrant une voyante. Interpellée par le diagnostic inattendu de sa Madame Irma, elle décide d'aborder ce sujet lors d’une conférence. Ce talk touche le public et fera beaucoup parler de lui, car il a le don de déculpabiliser toutes personnes se sentant « en retard ». Suite à ces nombreux retours positifs, Catherine continue l’aventure en retranscrivant son propre cheminement de late bloomer dans son premier livre Il n’est jamais trop pour éclore. En bref, elle offre un moment de littérature idéale pour toutes celles et ceux qui seraient complexés d’être passés à côté de leur vie.


À défaut de glisser ce petit bijou dans votre boîte aux lettres, je vous propose de vous plonger dans les échanges que j’ai eus avec Catherine. Durant nos papotages, nous avons bien sûr évoqué son livre, mais également son propre parcours. L’auteure n’a pas toujours été une plume freelance. Et nous avons clos la discussion par des réflexions tout en sagesse sur le temps qui passe. Allez, il est temps de découvrir ce beau programme !


Late quoi?! Vous avez dit?


Nilay : Catherine, late bloomer, c’est une expression très courante aux États-Unis, mais quasi inconnue en Europe. Pourriez-vous nous définir ce mot ? C’est quoi être un.e late bloomer ?

Alors, à la base, c’est une expression botanique pour décrire les plantes à floraison tardive « to bloom » : fleurir, « late » : tard. Elle est utilisée pour décrire les enfants qui se mettent à marcher ou à parler plus tard que la norme. Par extension, elle décrit aussi les personnes qui font les choses plus tard, c’est une expression très courante dans les pays anglo-saxons. Malgré mes origines — ma mère est américaine —, et ma connaissance de ce mot, je n’avais jamais « tilté » jusqu’à ce qu’un jour, j’aille voir une voyante. Et par hasard, elle était mariée à un Américain. Quand j’ai commencé à lui raconter mes soucis, elle m’a répondu : « Ah, mais vous Catherine, vous êtes une late bloomer, vous allez faire les choses plus tard, à 40, 50 ou 60 ans… » Quand elle m’a dit cela, ça m’a fait un bien fou ! Suite à cette découverte, j’ai entrepris quelques recherches, mais je n’ai pas trouvé d’équivalent en français… Si on compare la France aux États-Unis, ces derniers sont plus violents socialement parlant que la France. Cette image de l’Américain qui se fait licencier et sort de l’entreprise avec son carton et sans son droit au chômage n’est pas un cliché. Aux États-Unis, il n’y a pas de filet de sécurité. Les gens sont donc obligés de se réinventer tout le temps.

Nilay : En fait, c’est comme si leur instinct de survie était plus développé que le nôtre, non ?

C’est une question de croyance collective : les Américains n’aiment pas qu’on se mêle de leur vie, ils ne veulent pas trop de gouvernance par rapport à cela, donc pas trop d’intervention et par conséquent cela veut dire pas trop de solidarité entre eux non plus. Ils sont obligés de se débrouiller seuls. D’emblée, ils sont conscients qu’ils n’auront pas une vie linéaire, ils savent qu’à certains moments ils vont devoir se réinventer. Alors qu’en Europe, notre vie est plus encadrée, elle est plus douce aussi. Dès notre jeune âge, on nous demande ce vers quoi on veut s’orienter et puis lorsqu’on est sur une voie, ce n’est pas simple de bouger. Depuis quelque temps, ça commence un petit peu à évoluer, mais culturellement, ce n’est pas encore ça. Si on a un pépin, on va, certes, avoir des aides, mais globalement on va rester dans la « voie ». Les gens osent moins, s’autorisent moins à explorer d’autres chemins. En fait, aucun des deux systèmes n’est l’idéal. Aux États-Unis c’est très dur, mais en Europe, ça l’est tout autant : la vision y est moins souple.


Je n’étais plus bien dans toutes mes vies : ni la pro ni la perso.

Nilay : Revenons à vous, Catherine. En fait, vous avez commencé votre questionnement bien avant d’aller voir cette voyante. Et vous l’avez commencé vers vos 30 ans. Mais que s’est-il donc passé pour que vous désiriez aller à votre «rencontre » ? Car sur papier, vous aviez tout ce dont peut rêver une jeune trentenaire ?

Oui, c’est vrai, à 30 ans, j’avais tout ce qu’il me fallait, j’étais vraiment bien dans le « rang ». Je travaillais dans une grande boîte de renom au service marketing, j’habitais avec mon petit ami. Mais ma vie commençait à craquer. En premier lieu, cela s’est fissuré sur le pan personnel par une rupture, je me suis rendu compte que ça ne me convenait plus. Ce n’était pas qu’une rupture relationnelle, c’était aussi la rupture d’une croyance : on s’était rencontré vers nos 20 ans et pour moi, c’était une lovestory pour la vie, une de mes premières croyances se brisait. Et pour ce qui est du boulot, je voyais bien que je n’étais plus à ma place, mais je m’étais mise en tête que je n’avais aucune autre possibilité. Je me disais : « Si tu ne fais pas ça, c’est le trou noir. » En somme, j’étais tellement formatée que je ne me voyais faire rien d’autre, je me sentais de plus en plus coincée. Un jour, toujours dans cette boîte, on m’a proposé un job dans l’innovation pour une de leurs plus grosses marques. J’ai posé ma candidature, passé les entretiens et à la fin du processus, on m’a convoquée pour m’annoncer que j’avais le job. Et à ce moment, je suis sortie du bureau, repris l’escalier de service et je me suis dit : « Oh my god, je ne peux pas passer une minute de plus ici », c’était comme si on m’offrait le meilleur poste possible dans l’entreprise et en même temps, cette idée m’était insupportable. Je suis rentrée chez moi le soir, j’y ai réfléchi et j’ai décidé de démissionner. Je ne pouvais pas faire autrement, c’était vraiment un signe pour que je parte. J’avoue, j’étais un peu en panique malgré cette décision. Comme je connaissais du monde grâce à ma fonction marketing, j’ai repris contact avec des personnes travaillant dans un cabinet de conseil. Elles m’ont proposé un poste et au bout d’une semaine de travail dans ce nouveau job, je me suis dit « non, ça ne va pas le faire »(elle rit) Je suis quand même restée 6 mois et au moment où j’étais bien décidée à partir, elles m’ont proposé de travailler en tant que freelance. Et entre le vendredi soir où j’étais salariée et le lundi matin où j’étais freelance, c’était un changement total. Parce que tout d’un coup, j’étais libre, je pouvais travailler d’où je le voulais quand je le voulais. Ç’a été une révélation, le brouillard s’est levé : dès cet instant, je savais que je voulais être freelance.

Un talk qui a donné naissance à un livre


Nilay : Waouh, quelle histoire ! Avant d’écrire un livre, vous avez donné un talk sur les late bloomer. Il y a beaucoup de gens qui se sont reconnus à travers ce speech, ça vous a étonné qu’autant de monde soit touché par votre vécu ?

J’ai été surprise que ce thème parle autant aux gens, qu’ils se reconnaissent à travers mon récit. Ce qui était intéressant c’étaient leurs profils : des personnes de 20 ans m’ont contactée ! Je me suis dit « waouh, ils sont hyper jeunes et ils se sentent déjà enfermés dans un système ». Et eux, ils se voyaient coincés dans une case malgré leur jeune âge.

Il y a des personnes qui ne sont pas dans la norme et qui le vivent très bien. Ce que je raconte ne les intéresse pas, ils s’en foutent ! Ceux que je touche, ce sont des gens comme moi, comme vous : nous avons essayé de suivre la «normalité », mais ça ne nous convient pas.


Nilay : En fait, c’est comme si vous aviez « libéré leurs paroles »? 

Ils se sont sentis compris. Quand on fait partie de cette catégorie qui ne rentre pas dans les cases, on a le sentiment d’être incompris, de ne pas être normal genre « j’ai un problème », « il faut que j’aille voir un psy », « je ne suis pas adaptée… » Alors qu’en réalité, il s’agit de se dire : « J’ai mon propre rythme, mes propres repères. » En analysant, il n’y a pas grand monde qui rentre dans la norme. Il y a plein de gens qui font leurs vies en « étant décalés ». Pour certains, cela ne leur pose pas de problème, c’est facile à vivre. Pour d’autres, c’est beaucoup plus dur de s’autoriser. Je pense que c’est ce type de personnes qui sont venues vers moi, car elles me ressemblent.

" On commence à fleurir quand on touche à sa vérité", un de mes passages préférés

Nilay : Votre livre est un livre très intime, il raconte votre cheminement. Vous y partagez aussi beaucoup de références de personnalités qui se sont révélées plus tard… mais ce n’est pas du tout un livre qui distillerait la méthode du bonheur pour être un late bloomer accompli. Je l’ai lu deux fois et voici la conclusion que j’en ai retirée : il faut s’accepter en tant que late bloomer et après cette acceptation, ne plus se mettre de pression et se « relâcher ». Ce n’est pas cela le message que vous avez voulu transmettre ?

Tout à fait, late bloomer ce n’est pas une étiquette. Moi, ce que j’aime derrière cette expression, c’est la notion que le temps m’appartient. Ma vie et mon rythme m’appartiennent. Une fois qu’on a intégré cela — attention, je ne dis pas que c’est simple —, je peux vous dire qu’on se libère de certaines injonctions. Il y a des croyances qui disparaissent. Par exemple pour ma part, le mot « carrière » a perdu tout son sens parce que j’ai lâché ça. Cela ne représente pas ce que je suis. Et effectivement, ce n’est pas un livre qui donne des recettes. Qui suis-je moi, pour donner des conseils ? J’ai juste voulu partager mon expérience, je ne crois pas en cette idée de conseils. Je pense que chaque situation est vraiment singulière. Mais, je ne vais pas le cacher, j’ai eu quelques retours négatifs sur mon bouquin, car les lecteurs ne trouvaient pas ce qu’il fallait faire. Il faut trouver soi-même les clés.



Au moins un livre qui ne vend pas la recette du bonheur!

Nilay : Je suis d’accord avec vous à du 100 %. J’ai l’impression qu’on vit vraiment dans une société d’« assistés » où notre épanouissement dépend de méthodes toutes faites, de procédures déjà établies « voici la recette du bonheur et applique la point par point à ta vie, tu vas voir, ça marchera. » (en disant ces mots, je ris et Catherine aussi) Et c’est pour cela que j’ai apprécié votre livre, car il ne vend pas une méthode « clés sur porte ».

À travers ce livre, j’ai voulu montrer que nous avons tous une richesse infinie en soi et quand on se libère, on arrive à accéder à cette richesse petit à petit. C’est un peu ce que vous êtes en train de faire et moi aussi pour le moment sur d’autres aspects 😉 C’est fou comme se donner l'autorisation permet d'accéder ses richesses intérieures ! Il y a vraiment une idée de libération. Une fois que j’ai compris que ce sont mes cycles à moi, je suis libre d’explorer tout cela à mon propre rythme. On apprend à dissocier les deux, il faut gagner sa vie, lancer son business, mais tout en étant connectée à sa boussole intérieure.

Du marketing à plume freelance, un parcours jalonné de tests et de rencontres...


Nilay : J’aimerais revenir sur votre parcours professionnel : du marketing au conseil freelance… et puis vous avez commencé à écrire et êtes devenue plume. Comment s’est passée cette transition ?

En fait dans mes jobs précédents, quand il fallait écrire, c’était toujours moi qui le faisais. J’étais habituée à écrire, je savais que c’était un bon outil pour moi. Quand j’en ai eu marre du marketing, j’ai commencé à m’intéresser à la communication, car ce sont deux secteurs proches. J’avais des amis freelances graphistes et directeurs artistiques, ils m’ont embarquée dans des appels d’offres : je faisais partie du projet pour la partie rédaction et eux pour le visuel. Et d’un coup, je me suis retrouvée conceptrice-rédactrice. Je me souviens : un de mes tout premiers projets était pour une campagne Yves Rocher. J’étais totalement dans mon élément : j’avais déjà écrit sur une marque et j’étais en équipe créative… j’ai fait ça pendant pas mal de temps. En fait, mon leitmotiv était de dire « oui » à tout ce qu’on me proposait.


Ce n’était pas de la chimie qu’on me demandait de faire, c’était de l’écriture pour des marques, et j’étais à l’aise avec cela. Même si c’était un type de mission que je n’avais jamais fait, je disais « oui ».

Nilay : Et même si le projet ne vous emballait pas ?

Au début, je ne savais pas trop ce que j’aimais ou je ne n’aimais pas. Quand je refusais un projet, c’était plutôt parce que je ne le sentais pas ou je ne sentais pas les gens avec qui travailler. Sinon, le reste du temps, j’essayais. C’étaient des missions courtes. Au pire, elles ne seraient pas très longues. Et un jour, une personne de mon réseau m’a demandé de l’aider pour rédiger un discours lors d’une convention. C’est quelque chose que je n’avais jamais fait auparavant. J’ai trouvé cette proposition super sympa. C’est ainsi que j’ai pu intégrer le milieu de l’événementiel et ai été en contact avec des agences.

Nilay : Et est-ce que suite à tout cela, vous estimez que vous avez trouvé votre place professionnelle en tant que plume pour l’événementiel ?

Pas du tout ! (nous éclatons toutes les deux de rire) Durant toute cette période, soit 10 ans, j’ai écrit mon bouquin. Ça a été un gros travail, et le fait d’avoir créé une œuvre — bon, ce n’est pas Balzac😉 — ça démontre qu’on est capable d’une grande réalisation, c’est dingue le sentiment que ça vous fait…, je vous assure, ce n’est pas rien, vous verrez avec votre propre livre. Et depuis lors, il y a eu un switch en moi, je sais que je vais continuer vers cette direction, que je vais écrire d’autres livres… J’aimerais aussi faire des expos, travailler avec des gens créatifs. Cette envie a été accentuée pendant le confinement. J’ai envie d’aller vers tout cet univers créatif, c’est la suite de mon parcours.


Dès le départ, je n’avais pas envie de devenir « Madame Late bloomer » et de faire tout un business autour de cette thématique et de lancer un merchandising avec des mugs.

Nilay : En fait, votre livre vous a donné confiance en vous, en votre potentiel…

Oui, ça m’a donné confiance. Par exemple, on m’a récemment demandé de faire des capsules vidéos, je ne l’avais jamais fait ! J’ai aussi clarifié certains aspects avec mes éditeurs. J’ai dû prendre ma place par rapport à tout cela et choisi ce que je voulais faire du livre. En réalisant ce bouquin, j’avais juste envie de partager mon expérience, d’en parler avec tous ceux qui seraient intéressés par le sujet et de laisser au livre vivre sa vie. Et d’ailleurs, il y a d’autres personnes qui se réapproprient le livre et qui le racontent avec leurs mots à ma place. Il y a peu, j’ai été contactée par une femme qui a créé un podcast Et puis Bloom. Ce livre représente une idée de liberté. J’ai envie de travailler sur d’autres sujets. Moi, j’aime bien ce concept de cycles dans la vie. Une étape que vous franchissez vous amène à une autre étape, etc.

Pour elle, la vie est une succession de cycles


Nilay : Et justement, en parlant de cycles, j’ai écouté une de vos interviews pour le podcast Les moments vacants dans lequel vous expliquiez qu’après l’effervescence de la sortie de votre livre, vous avez ressenti le besoin de ne rien faire, ni écrire, ni lire… Mais quand on est autoentrepreneure, freelance, on nous dit qu’il ne faut jamais s’arrêter, être toujours en mouvement… Avec votre expérience, pensez-vous qu’on puisse entreprendre autrement, en prenant son temps ?

Tout projet a son propre rythme… Un peu comme votre blog, qui se crée rapidement, car il y a la bonne énergie pour le faire au bon moment… et puis il y a des projets qui sont hyper lents, qui mettent des années. Évidemment quand on veut entreprendre, on veut lancer rapidement son projet. Je pense qu’il y a un peu des deux. Lorsqu’on désire lancer une initiative, il faut être dans cette énergie de création. Moi, je crois qu’on fonctionne par cycle, c’est un peu comme les saisons. En hiver, il y a plein de trucs qui se passent, mais on ne les voit pas. Le plus important c’est de savoir dans quelle énergie on se trouve et de l’accepter. Si on est dans une énergie de feu, d’actions, on le sent tout de suite, il faut en profiter. Si on sent qu’on a besoin de repli, de calme, il faut l’accepter aussi. Quand on a conscience de cette idée, on culpabilise beaucoup moins. On ne dit pas « je suis nulle, je n’ai rien foutu aujourd’hui ». Auparavant, j’avais tendance à me flageller, j’ai une personnalité qui veut être à chaque instant dans l’action, je suis Bélier aussi (elle rit) et donc je m’en voulais beaucoup lorsque j’étais statique, je déprimais. J’ai vraiment dû apprendre à accepter ces cycles. Quand on est en mode entrepreneuriat, on a souvent cette pression qu’il faut donner tout, tout le temps… alors qu’il faut suivre le rythme de son énergie et accorder les actions qu’on doit mener à cette énergie du moment.



"La vie est un renouvellement permanent, et à chaque étape, on passe par un hiver, un printemps,...", extrait du livre


Nilay : Catherine, est-ce que vous vous dites « ça y est, j’ai fleuri » ou estimez-vous que vous devez encore fleurir ? Quel est votre état d’esprit actuel ?

J’ai l’impression d’être en transformation en ce moment. Avant le confinement, j’avais déjà commencé une autoanalyse : je me limitais pour certains aspects, j’avais encore quelques blocages sur lesquels je dois travailler pour avancer… La cassure de mon rythme quotidien avec le confinement a davantage renforcé toutes ces pensées. De toute façon, je ne crois pas qu’il y ait une seule floraison, je crois beaucoup plus au concept de mouvement de la vie. En tout cas, pendant le confinement, j’ai lâché certaines choses et je me sens sur du sable mouvant… Au fur et à mesure, j’ai fait de l’espace et ça m’a vraiment fait du bien. Je suis en transformation et en mode observation pour la suite aussi bien sur le pan professionnel que personnel. En fait, je ne sais plus qui je suis (rire)… et le plus drôle : j’ai perdu ma carte d’identité avant le confinement, je trouve cette anecdote hyper symbolique. C’est comme si c’était le signe d’une mue et j’avoue ne pas savoir ce qui va en ressortir…

Trouver et respecter ses propres rythmes, se dire que la vie c’est une succession de cycles. Si on sent qu’on est paumé, se dire que cette période ne va pas durer, c’est un moment à passer, que cela se clarifiera si on est ouvert aux signes et à la nouveauté…

Nilay : Enfin Catherine, quel est le message que vous aimeriez donner aux femmes qui se cherchent professionnellement, qui aimeraient lancer un projet ou se reconvertir ?

Si on a déjà un projet, cela veut dire qu’on a déjà passé une étape, qu’on sait où l’on se dirige. Si on veut se réorienter, mais qu’on ne sait pas vers quelle direction, c’est encore autre chose. Je dirais qu’il faut s’écouter, s’autoriser. Difficile de donner un conseil ! Voici ce que mon propre cheminement m’a appris : la vie est longue, il faut identifier ce en quoi on a cru pendant longtemps et qui ne nous sert plus aujourd’hui et essayer de nettoyer toutes les injonctions du type « faut que j’aie fait ceci ou cela à tel âge », tout en étant bienveillant et juste envers soi. Et le plus important : se faire aider dans toutes ces démarches. C’est beaucoup plus facile lorsque quelqu’un nous guide dans tout ce cheminement, il ne faut pas hésiter à trouver les bonnes personnes. Moi je me suis fait beaucoup aider, j’ai suivi une thérapie, j’ai été voir une coach… Résoudre tout ça toute seule, ce n’est pas évident. Par exemple, des communautés comme vous créez pour inspirer les autres, je trouve que c’est top. Il ne faut pas s’isoler. Accepter qu’on soit maître de son temps et qu’il faille l’apprivoiser est déjà un bon début. J’ai envie de terminer par la réflexion de Sylvain Tesson, l’auteur de Dans les forêts de Sibérie. Il a pris la parole en début de confinement sur France Inter, il conseille de s’inspirer des arts martiaux : « Il ne faut pas lutter contre le passage du temps. Il faut plutôt essayer de l’accompagner. » C’est exactement ce que je pense du temps de nos vies : suivons son mouvement.🙂


Un tout grand merci à Catherine Taret pour cette discussion hyper inspirante!

Il n'est jamais trop tard pour éclore, disponible aux éditions Flammarion

et format poche J'ai lu


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